Published: April 10, 2022
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Alors l'antipsy ça critique ça critique, mais s'il n'y a plus de psychiatrie, qu'est ce qu'on fait pour les galères de Jean-Roger ? Autogestion, pair aidance, choix choix choix et chute du capitalisme. On voit ça en dessous:

Image in tweet by Pédagogie antipsy

Parce que oui, Jean-Roger va mal. Sa bizarrerie, il aimerait parfois qu'elle se taise, qu'elle fasse moins de bruit, au moins qu'il puisse sortir de son appart quoi dans les pires jours.

L'antipsy se positionne pour des lieux de soins entièrement autogérés par des fous: pas de sachants-soignants comme figure d'autorité ou de gestionnaires, mais des concerné-es qui sont aux manettes

Quels lieux de soins ? Cela peut être des lieux de répit, pour se reposer, se ressourcer mais sans cadre hospitalier ou médical. On peut imaginer aussi des pièces sans stimulis sensoriels, ou l'inverse, selon les besoins.

Cela peut être un lieu où il est possible de délirer, crier, taper, casser des choses, où l'on peut aller de son plein gré, sans être y etre enfermé, et pouvoir ressortir dès qu'on en a envie sans devoir négocier.

L'inverse d'une chambre d'isolement, en somme. Dans ces lieux, tout est prévu pour s'occuper des blessures que l'on pourrait s'infliger faute d'autre solution à l'instant T, et personne n'est puni pour ça.

L'antipsy pose la pair-aidance comme essentielle dans ces lieux, mais également en dehors. La pair-aidance, c'est être aidé par une ou plusieurs personnes qui vivent la même expérience.

Prenons Jean-Roger. Avec sa bizarrerie et de l'angoisse par dessus, il se griffe le corps et crie de peur. Le ligoter, le sédater ne change rien, il finit juste par s'épuiser sans que ses crises ne soient apaisées.

D'ailleurs il a encore plus peur quand il craque parce qu'il ne veut pas revivre la violence tout ne pouvant plus exprimer sa détresse

Anne-Raymonde a la même bizarrerie que lui, et en tant que pair-aidante, va savoir comment lui parler dans les moments de crise, comment lui permettre de s'exprimer et sortir de la crise s'il le souhaite. Ou l'accompagner le temps qu'elle dure.

L'expérience d'Anne-Raymonde n'est pas exactement la même bien sûr, elle n'a pas de baguette magique, mais Jean-Roger sait qu'elle comprend ce qu'il décrit. Ca le rassure.

Jean-Roger découvre les stimtoys de Anne-Raymonde, qu'il peut manipuler, griffer, mordre pour s'apaiser. Les feutres pour se dessiner la peau et garder la sensation tactile, la blessure en moins !

La pair-aidance, ce sera aussi apprendre à Jean-Roger comment soigner ses plaies si elles ont été inévitables, quels produits ou pansements utiliser.

Il n'y a pas que Anne-Raymonde, qui peut être pair-aidant de Jean-Roger, prendre soin d'autres fols c'est parfois une petite attention, un mot.

Pour Anne-Raymonde, pour les antipsys, le respect des choix de Jean-Roger est essentiel. Il refuse d'être touché pendant une crise où il s'agite? Il demande qu'on le laisse crier pcq ca lui fait du bien ? On respecte

Le bruit, l'agitation, ça peut faire peur, ça peut déranger les gens qui dorment. Mais Jean-Roger ne fera pas moins de boucan si on le fait taire de force, au contraire.

En cas de danger, on discute au maximum avec Jean-Roger. Ca demande du temps, de la patience, du tact, ça s'apprend bien sûr. Ca peut se faire avec une, ou plusieurs personnes

Jean-Roger peut aussi discuter en amont de ce qu'il veut, ne veut pas, et juge utile en cas de crise : c'est le plan de crise anticipé… ... d'ailleurs en cours d'étude dans des structures psychiatriques. On en revient à l'autogestion, le respect du choix.

Mais alors, quelle différence avec les soignants psy capables d'écoute et forts de leur expérience, me demanderez-vous ? Eh bien le pouvoir.

En HP, en CMP, en institution, les soignants ont le pouvoir de contentionner, enfermer, sédater, pourvoir aux besoins primaires (manger dormir faire ses besoins se laver…) ou non, connaître l'heure, interdire les communications

C'est aussi le pouvoir du sachant: le psychiatre, l'infirmier sait ce que sont les médicaments, comment on les utilise. A qqun d'extérieur, on dira qu'ils savent comment gérer, ils ont fait des études pour ça.

L'antipsy autogestionnaire, c'est une organisation sans pouvoir vertical. Les savoirs sont partagés. Il y a une recherche d'équilibre et des décisions réellement collectives

Jean-Roger prend des médicaments pour gérer les crises, ou les prévenir. Il doit voir son psy tous les mois pour renouveler son ordonnance. Il aimerait que son psy prenne en compte les effets secondaires qui le gênent, tester des périodes sans, pour voir comment il gère

L'antipsy et la pair-aidance sont aussi en faveur d'une prise en main de son traitement, d'accompagner Jean-Roger s'il décide de ne plus prendre de médicaments sur un coup de tête, ou non.

L'antipsy regarde avec beaucoup d'attention les médicaments prescrits, leur utilisation, et milite contre les traitements forcés, le chantage pour les avoir ou en changer.

L'antipsy demande une transparence totale sur les effets recherchés et les effets secondaires, les symptômes d'accoutumance et de sevrage, couramment considérés comme inexistants par les soignants alors que l'expérience prouve le contraire.

Évidemment, la pair aidance demande des ressources mentales, psychologiques, financières. L'antipsy est une lutte collective qui appelle à créer ces lieux et former des pair-aidants

Jean-Roger va mieuxgrâce à la pair-aidance, mais ses conditions de travail rendent quand même ses limites mentales assez basses. Mais il n'a pas réussi à trouver mieux, même en traversant la rue 3 fois, alors il subit et parfois, il craque

Sa voisine Leïla-Eglantine reçoit des remarques racistes tous les jours à son travail qui la minent. Les anxiolytiques de son psychiatre ne réglent pas le problème de fond, et en plus il évoque un diag de paranoïa quand elle pointe ses conditions de travail.

L'antipsy est nécessairement corrélée aux luttes anticapitalistes, antiracistes, féministes, LGBTIA… car la meilleure prise en charge ne fait pas disparaître les violences psychologiques des oppressions

L'antipsy demande des moyens que l'hôpital n'a déjà pas, un changement de paradigme aussi dans l'approche de la folie. Un paradigme lui-même construit pour arranger les systèmes oppressifs.

@Pedagantipsy Merci pour ce thread hyper informatif ! C'était très bien expliqué !!

@kasumi66 Merci 😄

@Pedagantipsy Merci pour ce thread ! Je me posais une question : Je suis actuellement en étude de médecine pour devenir psychiatre. J'ai conscience que la médecine actuelle (en tant que discipline et qu'institution) est horrible, particulièrement la psychiatrie. 1/x

@Pedagantipsy Existe t il déjà des lieux de ce type ? en France ? Cela m’intéresse beaucoup.

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