Published: September 1, 2025
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A l'heure de faire l'appel et de découvrir les prénoms de nos élèves, saviez-vous que le Moyen Âge est une période marquée par un changement complet dans la manière de nommer les gens ? On parle de "double révolution anthroponymique", et c'est passionnant. Un thread ⬇️

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Première révolution : la fin des noms romains/romanisés et, notamment, du système des tria nomina (Marcus Tullius Cicero). Avec l'arrivée en Occident de peuples germaniques, ces noms passent peu à peu de mode, même si certains survivent (Marcus, Julius, Felix, etc).

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A leur place, on voit apparaître des prénoms... germaniques ! Clovis, Sigebert, Dagobert, Galswinthe, Brunehaut... Ou, moins connus, Leutgarde, Fryshilde, Gansbold, Hildevoud, Protline, Framberte... (oui je sais ça fait rêver hein ?)

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Tous ces prénoms, caractéristiques du Haut Moyen Âge, nous semblent très étranges. On en a gardé certains : Aude, Bernard, Bertrand, Henri, Louis, Gilbert, etc. Mais la plupart ont disparu. (Vous avez déjà croisé une Protline ??)

Car à partir du Xe siècle s'ouvre une deuxième révolution anthroponymique, qui va toucher tout l'Occident selon des rythmes différés : ces prénoms germaniques sont eux-mêmes remplacés par des prénoms chrétiens ou christianisés, souvent des prénoms de saints.

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Exit les Gedalcans, Faroir, Abrahil, Avremar (ouais c'est toujours des vrais prénoms 😅) : désormais, c'est Paul, Jacques, Catherine, Brigitte, Joseph... Voire les encore plus clair "Bonodeus", "Homodei", "Spera in Deo", etc.

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Au début du XIIe siècle, un seul des 5 prénoms les plus portés est un nom de saint ; à la fin du XIIIe, c'est 4 sur 5 ! Cela reflète la christianisation de la société et le modelage des esprits et des pratiques sociales accompli par l'Eglise.

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Dès cette époque apparaissent des choix « nationaux » (au sens médiéval de ce mot). Les Vénitiens privilégient ainsi Marc, leur saint patron ; en Angleterre, « Thomas » cartonne au XIIIe siècle, en écho à la diffusion du culte de Thomas Becket

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Bien sûr, le stock de prénoms reste assez varié. En Catalogne, par exemple, ces prénoms chrétiens côtoient des prénoms issus de l'histoire (Attila), de la mythologie (Narcissus), de la géographie locale (Barchinonus, pour Barcelone)...

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Mais petit à petit, le stock de prénom se resserre. Cela veut dire que de plus en plus de gens portent les mêmes prénoms. Et le grand, l'immense vainqueur, c'est... Jean. Le prestige du saint, qui a baptisé le Christ, explique ce succès.

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Le prénom offre en outre l’avantage de pouvoir être décliné dans toutes les langues européennes : John, Juan, Ivan, Jan, Yoan, Giovanni… En fonction des époques et des moments, le prénom est porté par 20-25 % de la population masculine, voire jusqu’à 40 %. Un garçon sur 3 !

C'est intéressant de comparer avec aujourd'hui : en 2022, le prénom le plus donné c'était Louise, et il n'a été donné qu'à 3400 nouveaux nés, donc 1% des filles seulement ! Comparez avec notre 20-30% des "Jean" au Moyen Âge !

On voit bien que le prénom n'a plus la même fonction. Aujourd'hui, on veut être original, se distinguer, d'où la mode des prénoms "rares" ou personnalisés (coucou les Rahyane, Raïan...). Au Moyen Âge, au contraire, le prénom marque une appartenance à un groupe, à une communauté.

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Et d'abord à une communauté familiale, d'où ces "prénoms de famille" portés notamment par les nobles. Les comtes d'Albon s'appellent ainsi tous "Guigues" pendant 5 générations successives (et oui c'est hyper pénible quand on bosse sur leurs chartes).

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Un prénom va ainsi être lié à une famille noble précise. Dans les États latins d’Orient, les comtes de Tripoli s’appellent Raymond, les princes d’Antioche Bohémond, les rois de Jérusalem Baudouin : à chaque fois, on prend le prénom du fondateur de l’entité politique.

On retrouve ça dans les milieux modestes : à Florence, en 1463, on croise ainsi un Andrea, fils de Berto, fils d’Andrea, fils de Berto, fils d’Andrea, fils de Berto, fils d’Andrea. Le nom se fait conservatoire de la mémoire familiale, sur sept générations... !

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Les prénoms expriment aussi une identité sociale : dans le royaume de Jérusalem, les nobles privilégient Guillaume ou Hugues, que les bourgeois utilisent peu. Rien n'interdit à un bourgeois d'appeler son fils Hugues : mais visiblement, ça ne se fait pas.

Enfin, les prénoms expriment aussi des affiliations politiques. En Île-de-France, le succès des prénoms royaux, comme Robert et Eudes, traduit le prestige des rois francs. Et, dans le Languedoc, ces prénoms ne sont jamais portés avant la conquête de la région par la France... !

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Décidément, les prénoms disent beaucoup de choses de nous ! Alors, les collègues, amusez-vous à deviner ce qui se cache derrière les prénoms de vos élèves : identité familiale, stratégie de distinction, mode... Et bonne rentrée à tous et toutes !

@AgeMoyen Your thread is gaining traction! #TopUnroll https://threadreaderapp.com/th... 🙏🏼@isa97 for 🥇unroll

@AgeMoyen On peut faire un parallèle intéressant, maintenant de plus en plus les prénoms viennent de la pop culture ou des célébrités. Des petits Neymar ou Clint-istwood ! Les petites hermione Aria et Daenerys

@Shaunye_Trueman C'est vrai, même si ça reste marginal. Ca existait déjà au Moyen Âge : au XIIIe siècle on a des Gauvain ou des Tristan dans la noblesse !

@AgeMoyen 👌🏻

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@tibreiz Merci ! (mais vous ne devriez pas partager les noms d'élèves sur X, je crois que c'est interdit...)

@AgeMoyen « Dès avant sa naissance, et ne serait-ce que par le nom qu’on lui donne, l’enfant humain est déjà placé en référent de l’histoire que raconte son entourage et par rapport à laquelle il aura plus tard à se déplacer » Jean-François Lyotard.

@AgeMoyen Si vous êtes vraiment intéressés par la période féodale, lisez de vrais historiens comme Jacques Heers ou Régine Pernoud. Fuyez @AgeMoyen qui est un idéologue propagandiste assumé.

@LonArt5 Où est la propagande idéologique dans ce thread ?

@AgeMoyen On peut même nettement voir l'impact des différentes invasions et occupations du territoire sur les prénoms donnés. 47 ans d'annexion allemande de la Moselle jusqu'en 1918 a fait chuter les prénoms français de près de 5%, c'est énorme !

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@AgeMoyen Et pour les noms de familles ça s'est passé comment ? C'est plus récent mais c'est la suite de l'histoire.

@goulven100 Ce sera pour un prochain fil !

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