"Ca dépend d'où j'arrive. Si j'arrive d'Albi, je me garais dans le sens de la montée. Si j'arrive de chez ma mère, dans le sens de la descente", répond l'accusé debout dans son box, vêtu d'un pull noir.
"Et votre épouse ?", poursuit la magistrate. "Elle avait les mêmes habitudes que moi : en fonction de là où on arrivait, elle se stationnait dans un sens ou dans l'autre", affirme Cédric Jubillar.
"Avec la déposition d'Anne S., on a vu que plusieurs trajets permettent de revenir de l'école à votre domicile et qu'elle empruntait un trajet qui faisait qu'elle arrivait par le bas et garait son véhicule dans le sens de la montée", résume la présidente.
"Moi, je trouve que c'est plus dangereux de sortir le petit côté route plutôt que côté herbe, mais ça ne tient qu'à moi. Parce qu'on est directement face aux voitures", précise-t-il.
La présidente observe que le couple habite dans un lotissement et qu'il y a donc peu de circulation. "Oui, mais au moment de la sortie de l'école, il y a plusieurs voitures qui passent", affirme l'accusé.
"Je peux vous assurer que ce soir-là, elle était bien dans le sens de la descente, parce qu'elle arrivait directement de l'école : elle a pris le chemin habituel qui est le plus court", assure Cédric Jubillar.
La présidente lui rappelle qu'Anne S., l'une des proches amies de Delphine Jubillar, est "formelle" : ce soir-là, elle a pilé parce qu'un chien du couple lui a coupé la route et "elle avait bien constaté que le véhicule était dans le sens de la montée".
"Si vous insinuez que j'ai pris mon véhicule ce soir-là, je peux vous dire que non", rétorque Cédric Jubillar. "Je n'insinue rien, je vous interroge", réplique la présidente.
Nicolas Ruff, l'une des avocats généraux, demande à Cédric Jubillar s'il est certain d'avoir vu le véhicule garé dans le sens de la descente. L'accusé confirme. "C'est bizarre, car vous aviez dit que vous ne saviez pas dans quel sens était garé le véhicule", pointe-t-il.
Le magistrat cite Cédric Jubillar qui avait déclaré aux enquêteurs ne pas savoir "dans quel sens était garée la voiture". "Ce sont les gendarmes qui l'ont constaté ce matin", ajoutait-il.
"Ben je m'en rappelle très bien maintenant", affirme l'accusé.
L'avocat général note également que lors de la reconstitution, Cédric Jubillar avait affirmé que la camionnette blanche du voisin était bien garée face à la voiture de son épouse (ses avocats ont tenté de montrer tout à l'heure que ce n'était pas acquis).
Nicolas Ruff poursuit ses questions et rappelle que Louis, le fils du couple Jubillar, a affirmé que sa mère se garait toujours dans le sens de la montée.
"Si j'ai tué ma femme et transporté le corps, j'aurais fait la bêtise de garer le véhicule dans le mauvais sens ?", interroge Cédric Jubillar.
L'autre avocat général, Pierre Aurignac, prend le relais. Il a compté : pas moins de 30 personnes "ont répondu 'non' à la question de savoir s'il était crédible que Delphine Aussaguel ait sorti les chiens ce soir-là".
Il cite chacune des personnes ayant déclaré cela. "Il en restait deux dans le dossier qui ont dit le contraire", relève le magistrat.
La première, c'est Anne S. : elle a toujours maintenu que son amie ne sortait pas les chiens le soir, même si elle a d'abord déclaré le contraire lorsqu'elle a été appelée par les gendarmes le 16 décembre 2020 au matin.
Elle s'en ait expliquée à la barre : elle savait que Delphine Jubillar avait amant et avait d'abord voulu la couvrir. Avant de comprendre la gravité de la situation. "Donc exit", estime l'avocat général.
L'autre personne ayant pu dire que la disparue sortait les chiens le soir était une voisine du village d'Arthès, où le couple vivait avant Cagnac-les-Mines. "Mais la configuration n'était pas la même : les rues étaient éclairées partout", souligne le magistrat.
"Donc à part vous, rien ne rend crédible le fait que Delphine Aussaguel sortait les chiens la nuit", conclut l'avocat général Pierre Aurignac.
"Il y a 39 personnes qui racontent des histoires ?", insiste le magistrat. "Qui ne l'ont pas vue", nuance Cédric Jubillar.
L'accusé maintient qu'il a sorti les chiens une première fois vers 22 heures et que son épouse a fait de même plus tard. "Pourquoi aurait-elle eu besoin de les ressortir ?", questionne l'avocat général.
"Pour éviter qu'ils fassent leurs besoins dans le sous-sol, parce que c'est moi qui nettoyait", rétorque l'accusé de 38 ans.
L'interrogatoire est tendu, les questions s'enchaînent. L'avocat général entame une autre interrogation mais la présidente le coupe, car ce n'est pas lié aux "thèmes" évoqués ce matin.
La présidente demande au ministère public et aux avocats de la partie civile de "limiter leurs questions au stationnement du véhicule".
Mourad Battikh revient sur les explications de Cédric Jubillar concernant les chiens, le soir de la disparition. Il cherche à avoir des précisions de l'accusé.
Celui-ci réaffirme avoir demandé à son épouse "de ressortir les chiens". "Comme je le faisais tous les soirs", ajoute-t-il. L'avocat note que cet élément n'apparaît pas en procédure.
Mourad Battikh s'étonne que les chiens aient besoin "d'uriner et déféquer" de manière aussi rapprochée. Il demande à Cédric Jubillar si les deux Shar-Peï n'avaient pas fait leurs besoins avec lui, lors de la balade de 22h, qui a duré "30 minutes" selon l'accusé.
L'accusé affirme qu'il ne se souvient pas si les chiens ont fait leurs besoins avec lui. "J'étais sur mon téléphone", justifie-t-il. L'avocat s'étonne de cette réponse.
"Ca arrive souvent que vous rentriez sans savoir si vos chiens défèquent et urinent ? Vous n'avez aucune idée de ce qu'il se passe ?", insiste-t-il. "Je ne les vois pas faire", maintient Cédric Jubillar.
"D'accord, donc ça arrive souvent que sortiez les chiens, que vous ne les voyiez pas faire et que vous transmettiez le relais à Delphine en disant : 'j'étais sur mon téléphone, j'ai rien vu' ? C'est une habitude que vous aviez ?", interroge Mourad Battikh.
"Oui", répond simplement l'accusé. "Très bien", rétorque l'avocat.
Laurent de Caunes, avocat du frère de la disparue, reprend une phrase de Cédric Jubillar citée quelques minutes avant, où l'accusé disait que s'il avait tué son épouse, il n'aurait pas fait "l'erreur" de garer la voiture dans le mauvais sens.
"Oui, j'aurais fait attention à ce genre de petits détails, si j'avais voulu commettre un tel crime", répond Cédric Jubillar.
"Si on part du principe que cette voiture a été retrouvée dans le sens de la montée, vous avez donc commis cette erreur", avance Laurent de Caunes.
Cédric Jubillar estime que cette hypothèse ne tient pas, car ça l'aurait forcé à faire "marche arrière en côte et ça aurait réveillé mes voisins". L'audience s'achève là-dessus. Reprise à 14h.
Je reviens seulement à l'audience : Michelle D., une aide-soignante ancienne collègue de Delphine Jubillar est à la barre.
@JulietteCampion Sa réponse est totalement logique, prendre 20 sec à faire une manœuvre, ça démultiplie le risque que quelqu'un le voit.
@JulietteCampion Merci pour toutes ces infos
@JulietteCampion Merci pour ce considérable travail de compte rendu.
@JulietteCampion Merci pour ce compte rendu !
@JulietteCampion Merci Juliette, bon appétit...🌹
