Elle poursuit : "le 16 décembre (2020) au matin, il a le besoin impérieux de contacter sa mère. Comment peut-on expliquer ce comportement ? Est-ce qu'on peut parler d'un rapport utilitaire à sa mère ?".
"Je ne pense pas que ce fut un rapport utilitaire, au sens où tout serait focalisé sur l'utilitaire. Il y a une dimension de se dire : 'il me faut quelqu'un à qui je puisse parler'. Il y a peut-être un moment d'utilité mais qui ne se focalise pas sur l'utilitaire", analyse-t-il.
L'expert parle depuis 9h : il est toujours interrogé par les avocats de parties civiles, il reste encore la défense. L'interrogatoire de Cédric Jubillar pourrait ne commencer que cet après-midi.
Laurent Boguet, avocats des enfants Jubillar, lui demande quel effet peut avoir une surconsommation de cannabis "sur la perception des stimulis extérieurs".
"Je ne suis pas toxicologue, mais ayant œuvré dans le domaine psycho-criminologique depuis quarante ans, la quasi-totalité des personnes qui se retrouvaient en prison et ayant commis des crimes - sexuels ou meurtres - étaient sous psychotropes", relève l'expert.
"Le cannabis est un psychotrope", rappelle-t-il.
L'expert se lance dans l'étymologie du terme "intime conviction". Une rumeur d'agacement s'élève sur les bancs du public en salle de retransmission "Ok, ouais", essaye de couper Laurent Boguet.
Laurent Boguet rappelle que Cédric Jubillar a insulté des surveillants en détention, déclarant : "ils se font violer par leurs femmes, je les emmerde ces petites fiottes". L'avocat lui demande d'interpréter cette déclaration.
Philippe Genuit estime qu'il s'agit d'un "mécanisme de projection, pour expliquer la problématique à laquelle on est confronté". "Les enfants en primaire disent : 'c'est celui qui dit qui y est'", ajoute-t-il.
L'audience est suspendue pour laisser l'expert se reposer. Reprise à 11h40, sans doute avec les questions de la défense.
L'audience reprend avec les questions de Laurent De Caunes, toujours côté parties civiles. "Vous avez dit que monsieur Jubillar est intolérant à l'idée d'être rabaissé. Mais est-ce qu'il peut lui arriver de rabaisser les autres ?", interroge-t-il.
"Il est capable de dire qu'il n'en a rien à faire de ce que disent les autres. C'est pour ça que j'ai parlé de parésie. Et en même temps, il peut aller dans la démesure…", observe l'expert psychologue.
"Ce n'était plus ma femme" a déclaré Cédric Jubillar à l'expert. Un propos qui fait tiquer l'avocat Laurent de Caunes. Philippe Genuit analyse : "sa maison, c'est SA maison. Sa femme, c'est SA femme".
L'expert affirme ne pas avoir entendu "de discours de victime chez lui". "Mais il peut se plaindre, il peut projeter ses propres démons chez les autres", précise-t-il.
"Il peut s'effondrer lorsqu'il est rabaissé, mis plus bas que terre ou, en tout cas, lorsqu'il le ressent comme tel", poursuit l'expert psychologue.
"Et il peut, dans le discours, et peut-être dans les actes, avoir ce que Claude Balier, psychanalyste et psychiatre, auteur de 'Psychanalyse des comportements violents', a nommé : 'le recours à l'acte contre l'angoisse d'anéantissement'", détaille-t-il.
Philippe Genuit convoque l'expression : "quand on a rien, on est rien". "Et si on a rien… Ca peut amener au passage à l'acte", affirme-t-il.
Laurent Nakache-Haarfi, côté parties civiles toujours, lui demande si l'accusé lui a semblé manipulateur. "Je n'ai pas senti de la part de monsieur Jubillar la volonté de me manipuler pour se dépeindre plus beau qu'il ne l'est", déclare l'expert.
"Mais je ne peux pas vous dire qu'il ne m'a pas donné des éléments pour que ça aille dans son sens. Oui, il a pu me manipuler, mais je n'ai pas senti de manipulation de sa part", ajoute-t-il. Pas de réponse tranchée sur ce point donc.
C'est maintenant au tour de la défense de poser ses questions. Il est plus de midi quand Emmanuelle Franck prend le micro.
"De l'autre côté, chacun a tenté de trouver, dans votre expertise, des réponses sur les raisons d'un passage à l'acte, dont on ne sait pas s'il est réfléchi ou impulsif", relève-t-elle.
"Est-ce que son 'je m'en foutisme' suite à la disparition de Delphine peut correspondre à sa personnalité, et ne pas être forcément signe d'autre chose ?", demande l'avocate.
"Il y a ce je m'en foutisme qu'il me transmet, en tout cas, cette position de provocation, et lui-même dit : 'je suis provocateur'. Et il y a ce que des personnes peuvent témoigner de ce qu'elles ressentent", répond l'expert psychologue.
"Je ne peux pas me mettre à la place des personnes en disant : 'elles se trompent' ou 'elles ont raison'", ajoute-t-il.
"L'enquête de personnalité a quand même démontré que Cédric Jubillar avait un parcours cabossé, avec une maman abandonnique, y compris à cette audience, et un parcours jalonné par des placements en famille d'accueil et un retrait des familles d'accueil", relate l'avocate.
Et poursuit : "pour autant, l'enquêtrice de personnalité a utilisé le terme de résilience. C'est un gamin qui a toujours été souriant et a développé une capacité d'adaptation au sort qui était le sien".
"Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer qu'en dépit de la souffrance qu'occasionne le divorce avec Delphine Jubillar, une fois encore, il y ait pu avoir une acceptation et une adaptation progressive à cette situation ?", interroge Emmanuelle Franck.
"C'est possible. Mais je ne dis pas que c'est probable. Puisqu'il a pu développer de la résilience, il n'y pas de raison qu'il ne puisse pas redévelopper de la résilience dans un autre pan de son histoire. Mais ça ne me suffit pas à dire que c'est probable", répond l'expert.
Les questions se terminent avec Alexandre Martin qui observe : "en 35 ans de carrière, je n'ai jamais vu un psychologue résoudre une énigme criminelle". "Moi non plus", répond l'intéressé à la barre.
L'audience reprendra à 14h avec l'interrogatoire de Cédric Jubillar. La présidente, Hélène Ratinaud, annonce qu'elle va découper ses questions en différents thèmes.
Les voici : - le couple et l'évolution du couple - la situation financière - la procédure de divorce - la relation extraconjugale de Delphine - les menaces - la journée du 15 décembre - la soirée du 15 décembre - la matinée du 16 décembre - les suites de la disparition
La présidente précise d'ores et déjà que l'interrogatoire de l'accusé pourra se poursuivre lundi après-midi, après la déposition de l'expert psychiatre.
Audience suspendue : reprise à 14h.
Une foule très dense s’amasse depuis de longues heures devant la salle de retransmission pour espérer assister à l’interrogatoire de Cédric Jubillar👇🏻
La tension est fortement montée quand quelques personnes ont tenté de doubler dans la file. Elles ont été copieusement huées. "J’ai jamais vu ça", glisse un policier.
14h04 : l'audience reprend. Cédric Jubillar se lève. "Cet après-midi, et une grosse partie de la journée de lundi, sera consacrée à votre interrogatoire, et à recueillir vos observations sur un certain nombre de points", déclare la présidente, Hélène Ratinaud.
"Si vous ne comprenez pas certaines questions posées, il n'y a aucune honte à demander à ce qu'elles soient posées autrement", ajoute-t-elle. "Tout à fait", dit l'accusé de 38 ans, debout, appuyé sur ses deux mains sur l'avant du box.
La présidente retrace la chronologie de sa rencontre avec Delphine Aussaguel et l'emménagement du couple dans le village d'Arthès, puis à Cagnac-les-Mines, à l'été 2014.
"Vous avez demandé votre épouse en mariage en 2011", poursuit Hélène Ratinaud. L'accusé précise ne pas se souvenir de la date.
Il se souvient en revanche de la date de leur mariage : le 22 juin 2013.
Il reconnaît avoir eu "trois ou quatre aventures extraconjugales sans lendemain (...) jusqu'à maximum 2009". "J'étais jeune et bête", explique-t-il.
Il reconnaît avoir pu rabaisser son épouse, mais affirme qu'il rabaissait "tout le monde". "C'est mon tempérament", ajoute-t-il.
"Au début, ça pouvait lui plaire. Je pense que mon côté bad-boy a pu lui plaire, mais après, ça l'a soûlée", poursuit Cédric Jubillar.
La présidente lui demande de quelle manière il pouvait rabaisser Delphine Jubillar-Aussaguel. "Je pense que j'ai dû lui dire de fermer sa bouche, fermer sa gueule, mais rien de dramatique", déclare l'accusé sans ciller. Il répond vite, fait des phrases courtes, de quelques mots.
Hélène Ratinaud lui rappelle qu'en procédure, il a reconnu l'avoir traitée de salope. "Peut-être, mais je ne me rappelle pas que c'était en public", pointe Cédric Jubillar.
Dans son box, il déclare : "oui, c'est un terme que j'utilise souvent. J'ai toujours été un vulgaire personnage".
La présidente constate qu'il n'avait pas une vie sociale très développée, contrairement à son épouse. "Je voyais de temps en temps mes copains, j'allais les voir à la pétanque, à la pêche, mais pas plus", reconnaît-il.
Hélène Ratinaud observe que plusieurs témoins ont pu dire qu'il "a été écarté de la vie sociale" de Delphine Jubillar-Aussaguel "en raison de son comportement". "Peut-être, mais moi, je m'en fou, ça ne m'interroge pas", rétorque-t-il.
La présidente : "Vous vous considérez comme quelqu'un de violent verbalement ?" Cédric Jubillar : "oui, tout à fait" La présidente : "ça se traduit comment ?" Cédric Jubillar : "par des insultes".
La présidente : "vous avez pu paraître menaçant pour celui en face de vous ?" Cédric Jubillar : "non, je ne pense pas".
"Avez-vous déjà été violent physiquement à l'égard de votre épouse ?", poursuit Hélène Ratinaud. "Jamais", lâche Cédric Jubillar d'une voix plus forte.
Il ajoute : "il n'y a jamais eu de baffes, de gifles, de coups de poings ou quoi que ce soit d'autre".
Il reconnaît avoir pu attraper son épouse par les épaules à plusieurs reprises.
La cousine de Delphine Jubillar-Aussaguel a raconté que celle-ci lui avait confié, en 2018, que Cédric Jubillar avait levé la main sur elle. "C'est du grand n'importe quoi ! Je n'ai jamais levé la main sur Delphine. A part les empoignades", rétorque le peintre-plaquiste.
Il nie avoir levé la main sur sa mère, Nadine Fabre, contrairement aux déclarations de celle-ci, et d'autres témoins. "Elle ment votre mère ?", lui demande la présidente. "Non, je ne pense pas", rétorque l'accusé.
"Je pense que si vous avez été violent à l'égard de votre mère, c'est difficile de dire : 'je ne m'en souviens pas'", pointe la présidente.
Nicolas Ruff, l'un des avocats généraux, lui demande de décrire sa relation de couple avec Delphine Jubillar-Aussaguel. L'accusé livre des réponses lapidaires. Le magistrat insiste pour qu'il développe. "C'était une femme aimante, que j'ai aimé", déclare Cédric Jubillar.
On ne sent aucune émotion de sa part.
L'autre avocat général, Pierre Aurignac, rappelle qu'il a été très violent avec son fils, aux dires d'énormément de témoins. Cédric Jubillar reconnaît.
Il demande : "est-ce que le fait de l'avoir aimée vous aurait empêché d'être violent avec elle ?". Réponse, d'un trait, d'une voix forte : "je ne l'ai jamais touchée et je ne le ferai jamais. Je n'ai jamais touché une femme, je ne l'ai pas tuée, c'est une certitude".
Le magistrat constate qu'il a pu dire en procédure qu'il "pétait les plombs quand quelqu'un rentrait avec ses chaussures" chez lui. Il admet : "oui, je refusais qu'on rentre à la maison avec des chaussures au pieds. Je m'emporte et je crie".
Son ancien voisin de cellule, "Marco", a expliqué avoir eu des aveux de Cédric Jubillar en ces termes : "j'ai pété les plombs, j'ai vrillé". A-t-il pu à nouveau "péter les plombs" avec son épouse, comme il l'a confié à cet ex-codétenu ?
"Non pas du tout, c'est juste que c'est un gros menteur lui", s'agace l'accusé.
Il avait déclaré en procédure qu'il "commence à être violent" avec son fils Louis "quand la parole ne suffit pas". "Et qu'est-ce qu'il se passe avec votre femme quand la parole ne suffit pas ?", lui demande l'avocat général. "Ça suffisait tout le temps", affirme-t-il.
L'avocat général est dubitatif. "Elle élevait la voix elle aussi, et on en restait là", affirme Cédric Jubillar, impassible.
"A quel moment vous la traitiez de salope ?", lui demande Laurent de Caunes, avocat de parties civiles. "Pour des broutilles, quand on se disputait", relate l'accusé.

