Published: October 21, 2025
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« Les complices du mal », ou les nouveaux islamophobes Nouvel avatar du bashing de #LFI, l’ouvrage d’Omar Youssef Souleimane prétend révéler les liens entre la gauche, l’islamisme et l’antisémitisme. Le tout à travers de formidables raccourcis qui se nourrissent d’un climat 1/n

anti-musulmans, et l’alimentent. 🔹Article ✍️Laurent Bonnefoy, Chercheur au CNRS, Centre de recherches internationales (CERI), Sciences Po.@OrientXXI Comme les brûlots xénophobes, les pamphlets anti-La France insoumise (LFI) ont le vent en poupe chez les éditeurs français. 2/n

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Ils constituent un sous-genre qui assure à son autrice ou auteur un accès quasi illimité aux plateaux de télévision, aux studios de radio et aux colonnes de la presse, et plus uniquement à ceux de la droite extrême. L’auteur Omar Youssef Souleimane a eu droit à un pont d’or. 3/n

Une semaine avant la sortie de son nouveau texte « Les complices du mal » publié par les éditions Plon et paru le 2 oct 2025, il était invité dans la matinale de France Inter. La maladroite mise en demeure transmise par les avocats de LFI à l’éditeur pour consulter l’ouvrage 4/n

avant sa parution transformait efficacement celui-ci en « livre que Mélenchon veut censurer ». Dans la catégorie non-fiction, l’ouvrage était mi-octobre en tête des ventes, talonné par le propagandiste de la théorie du grand remplacement Philippe de Villiers. 5/n

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Sorti peu de temps avant, « Les nouveaux antisémites. Enquête d’une infiltrée dans les rangs de l’ultragauche » (Albin Michel, 2025), de la journaliste Nora Bussigny défend une thèse similaire, mais a été presque effacé dans les médias par le texte de Souleimane. 6/n

L’argumentaire est rodé, simplificateur à l’extrême : • l’antisémitisme n’est plus aujourd’hui à droite, mais à gauche sur l’échiquier politique. Celle-ci est coupable, pour gagner des électeurs, de s’accommoder d’une hostilité ontologique parmi les musulmans pratiquants 7/n

à l’égard des juifs. Le diagnostic est pourtant contredit par nbre de faits. Le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCGH) sur l’antisémitisme en France, publié mi-2025, relève une hausse générale des préjugés négatifs sur les juifs 8/n

après le 7 octobre 2023. Mais il rappelle que les chiffres demeurent, parmi les partisans de gauche, très inférieurs à ceux des partis de droite et d’extrême droite — pourtant soutiens indéfectibles d’Israël(1). (1) Pour La France insoumise, le sondage réalisé révèle que 40 % 9/n

des partisans développent des préjugés décrits comme antisémites, contre 45 % de celles et ceux qui s’affilient aux partis de la droite, et 55 % au Rassemblement national #RN. 🔹Une soirée « pour la République » Le propos des Complices du mal résonne pleinement avec une 10/n

multitude de démarches poussées en particulier par les médias appartenant au groupe Bolloré. Il permet égalt de légitimer l’initiative du député Laurent Wauquiez (Les Républicains), piteuse tant elle s’est embourbée dans les procédures, de créer une commission parlementaire 11/n

sur les liens 'supposés' entre les Insoumis et l’islamisme. Omar Youssef Souleimane a d’ailleurs été auditionné par celle-ci le 16 octobre 2025. L’auteur avait auparavant été invité à s’exprimer lors de la soirée « Pour la république » organisée en mars 2025 par le… 12/n

« collectif Agir ensemble », émanation <d’Elnet France>, acteur central du lobby pro-israélien🇮🇱. La soirée avait réuni : • droite dure, • figures du Printemps républicain • et organismes soutenus financièrement par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. 13/n

La volonté de stigmatiser un large pan de la gauche est ainsi portée par toute une sphère d’organisations. Le parallèle avec l’éviction réussie de Jeremy Corbyn de la tête du Parti travailliste au Royaume-Uni🇬🇧 suite à des accusations d’antisémitisme est parfois saisissant. 14/n

L’ouvrage de Omar Souleimane trouve d’autant plus d’écho que, depuis 2 ans, l’engagement d’une partie de la gauche en faveur de la Palestine, France insoumise en tête, a pu être décrit dans les médias de masse, et par une part significative des responsables politiques, comme 15/n

uniquement tactique. Par ailleurs, la démonstration d’Omar Youssef Souleimane est accueillie avec d’autant plus de bienveillance ds la presse que les mobilisations critiquant Israël ont été si fréquemment criminalisées, automatiquement renvoyées à une forme d’antisémitisme. 16/n

Le texte joue ainsi sur du velours, déroulant sa prose dans un espace qui a érigé le « wokisme », l’anti-colonialisme, le droit international et les aspirations à l’égalité en périls civilisationnels. 🔹L’auteur comme argument Réfugié syrien d’origine musulmane, né en 1987, 17/n

devenu français après avoir fui la répression de Bachar Al-Assad, Omar Youssef Souleimane place sa propre trajectoire au cœur de sa démonstration. Dès l’introduction, il explique en somme que c’est parce qu’il a été éduqué dans une société antisémite qu’il sait reconnaître 18/n

les antisémites et leurs sous-entendus. L’eurodéputée LFI Rima Hassan devient alors, dans son récit, le symbole même de cette supposée 'dérive antisémite de la gauche' : le fait qu’elle ait, comme lui, grandi en Syrie est ainsi présenté comme une « preuve de culpabilité ». 19/n

De nombreuses pages lui sont consacrées, et c’est une photo d’elle en manifestation qui figure sur la couverture du livre. Le profil de l’auteur est censé offrir un surcroît de légitimité à son propos et fonctionne comme un argument d’autorité : 20/n

« Mon origine, source de souffrance est aussi un outil pour enquêter », affirme-t-il. Il s’agit là d’un procédé qui est assez commun, fréquemment mobilisé par des figures qui portent un discours soi-disant critique sur les Arabes et les musulmans. 21/n

La dite-humoriste Sophia Aram en est une incarnation devenue bien peu subtile, tant son message est obsessionnel et confine à un <acharnement> qui n’a vraiment plus rien d’amusant. Le dessinateur Riad Sattouf en fut un autre exemple il y a quelques temps. 22/n

quand il quitte son objet politique français. Le retour en Syrie de Souleimane après la chute du régime d’Al-Assad n’est pas, par exemple, inintéressant. Mais ces quelques paragraphes — aux nbreux détails qui risquent bien d’ennuyer les non-spécialistes — n’effacent pas 23/n

sa prétention : «sa supposée connaissance intime de l’islamisme» lui permet de le démasquer au sein des mobilisations pour la Palestine en France. Charge à lui de déceler les signaux faibles que la plupart des Français, et même les institutions, seraient incapables de voir. 24/n

Sa socialisation à une "religion forcément antisémite", particulièrement quand il a vécu adolescent en Arabie saoudite, était d’ailleurs au centre d’un précédent témoignage publié en 2018 : « Le petit terroriste ». 25/n

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🔹Faire feu de tout bois Le problème principal des «Complices du mal» réside dans les <procès d’intention> qu’il formule. 👉D’une part, il « monte en épingle divers phénomènes » & « les érige en dangers pour la démocratie », mais « fait fi des rapports de force effectifs ». 26/n

Comme les défenseurs invétérés d’Israël, il fait mine de croire que les digues érigées contre l’antisémitisme auraient sauté à gauche depuis le 7 octobre 2023, et qu’il s’agirait là d’un enjeu tout bonnement existentiel. La mécanique est implacable dès lors que l’auteur fait 27/n

mine de croire que des errements ou bêtises indéniablement antisémites de quelques jeunes engagés, souvent dépourvus de toute culture militante ou même de formation, marginalisés dans les instances des partis, dicteraient le devenir de la gauche, et donc potentiellement du 28/n

pouvoir à venir. 👉D’autre part, l’ouvrage joue sur une vraie ambiguïté. Il se nourrit des préjugés sur l’islam & sur l’ignorance de sa pratique ds la sté française (et en particulier parmi les élites journalistiques & les décideurs) pr aboutir à sa criminalisation de fait. 29/n

Tout signe de pratique religieuse, même le plus banal — comme la prière —, et toute prise de parole d’un musulman s’exprimant en tant que tel dans l’espace public deviennent des « motifs de soupçon », ou des « preuves d’une collusion avec l’islamisme antisémite ». 30/n

La permanence de la pratique religieuse devient en elle-même insupportable, la preuve à ses yeux d’une incapacité de la France à se défendre. Une telle logique fait directemt écho à diverses publications, dont la très critiquable recherche de Florence Bergeaud-Blackler #FBB 31/n

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